Optique 2030 : un métier d’opticien·ne déjà en mutation

Le métier d’opticien ne cesse d’évoluer à vitesse grand V, et les années à venir le confirmeront. D’ici 2030, poussés par le vieillissement des populations, l’épidémie silencieuse de myopie, l’essor des technologies et les attentes en matière de responsabilité sociétale et d’expérience, les professionnels de l’optique vont voir leurs métiers muter encore et encore. Dans ce dossier prospectif, Eyes-Road décrypte les compétences à renforcer, les nouveaux services à proposer, le rôle des données et les modèles économiques hybrides qui feront le quotidien des magasins et des industriels demain… Alors, êtes-vous prêts à découvrir l’optique du futur ?
Optique 2030 : contexte sanitaire et marché, la demande va croître
Les études publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé sont formelles : la pression sur les services visuels est déjà massive : au moins 2,2 milliards de personnes dans le monde présentent une déficience visuelle (dont environ 1 milliard traitable ou évitable), ce qui place la vision au cœur des politiques de santé publique.
Parallèlement, la progression mondiale de la myopie est un signal d’alerte général — des projections majeures estiment une augmentation importante des taux de myopie d’ici 2050, avec à la clé, des conséquences inévitables en termes de santé publique et de marché (plus de besoins en correction, en contrôle et en suivi pédiatrique). La data est sérieuse et exploite aujourd’hui plus de 145 études, regroupant 2.1 millions de participants.
Ces tendances confirmées de toute part se traduisent par une demande accrue de services : dépistage précoce, suivi approfondi de la myopie, lunettes spécialisées et dispositifs d’aide spécifiques. Les opticiens sont ainsi au premier rang pour répondre à un besoin croissant et diversifié. En effet, à l’horizon 2030, alors que la myopie concerne des populations de plus en plus jeunes et diverses, les opticiens ne seront plus de simples prescripteurs d’équipements. Face à la saturation des consultations ophtalmologiques dans de nombreux territoires, ils s’imposeront comme des acteurs de terrain incontournables de la prévention, du suivi et de l’accompagnement visuel, au croisement de la santé publique et du service de proximité .
Optique 2030 : Le conseil toujours au coeur du métier… mais augmenté !
L’élément différenciant de l’opticien en 2030 est et reste le conseil : ajustement, adaptation aux verres progressifs, éducation du patient, prises en charge complexes, suivi long terme…
Pourtant, et on l’observe déjà dans certaines enseignes, cette pratique du conseil sera rapidement augmentée par des outils numériques : mesures automatiques, simulations de rendu, dossiers patients enrichis, et assistants IA qui proposent des hypothèses de prescription ou d’options de produit.
On l’a bien compris sur le secteur de l’optique-lunetterie, l’Intelligence Artificielle n’est pas seulement un gadget. La littérature médicale récente souligne qu’elle peut déjà améliorer le dépistage, la stratification du risque et la prise de décision clinique en imagerie oculaire et au-delà — à condition, bien sûr, d’une validation clinique robuste et d’une intégration pensée dans le parcours.

Photo par Pavel Danilyuk sur @Pexels
Concrètement, l’opticien utilisera des tableaux de bord qui synthétisent historique visuel, mesures instrumentales et recommandations prédictives. Mais dans ce flot d’automatisation et de data, la force du conseil et de la proximité seront toujours plus valorisée : la rencontre personnalisée et jugement professionnel resteront sans aucun doute des incontournables de la profession.
Optique 2030 : vendre de nouvelles offres et créer des modèles économiques hybrides
Le modèle « vendre une monture + des verres » se diversifie chaque jour : abonnements et/ou location de lunettes , packs prévention (incluant dépistage de la myopie + suivi), offres premium d’adaptation et services post-vente prolongés, ou encore solutions intégrées pour la santé (orthokératologie, aides basse-vision…). Les industriels et verriers développeront des services numériques liés aux produits (catalogues dématérialisés, calibration de verres connectés, suivi d’usage).
Les analyses sectorielles pointent de plus en plus vers une industrie « techifiée » : éco-conception, verres intelligents, outils de mesure et de prédiction, montée de l’omnicanal et du e-commerce sont déjà en train de remodeler la chaîne de valeur. L’optique n’intègrera alors plus la technologie comme un simple outil ponctuel , mais comme un socle central du métier. En 2030, on peut d’ores et déjà affirmer que l’optique aura évolué vers un modèle où la technologie structure les pratiques, les offres et la relation client. Pour les opticiens de demain, la clé résidera entre proposition d’offres adaptées et création de valeur récurrente pour fidéliser et suivre la clientèle de manière optimale.
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Optique 2030 : réseaux, télésanté et collaboration interprofessionnelle renforcés
Pour absorber la demande et assurer une offre uniforme, l’organisation du travail évoluera : coopérations avec ophtalmologistes, télétriage, télémédecine ophtalmique… Cette dernière pratique s’est d’ailleurs largement développée depuis la pandémie et offre des leviers de prise en charge à distance (triage, suivi, pré-consultation) — à condition d’interfaces simples et de prescriptions claires.
Du côté des ressources humaines, la cartographie internationale montre une base professionnelle ancrée (plusieurs centaines de milliers d’optométristes/opticiens en exercice) mais des disparités dans les pratiques. Dans ce contexte, les réseaux d’optique et les groupements d’indépendants pourraient jouer un rôle structurant en mutualisant outils technologiques, dispositifs de formation continue et plateformes de données, afin d’harmoniser les pratiques, d’élever le niveau de service et de soutenir l’évolution du métier à l’échelle collective…

Photo par Anna Shvets sur @Pexels
À l’horizon 2030, le métier d’opticien sera à la fois plus technique, plus numérique et plus ancré dans la santé publique. Les outils (IA, télésanté…) amélioreront le diagnostic et la personnalisation, tandis que le conseil humain, l’adaptation et la relation resteront le cœur de la valeur professionnelle. Les opticiens et industriels qui réussiront intégreront produits, services et données pour bâtir des parcours patients durables, responsables et économiquement viables. L’enjeu est clair : faire de l’optique un pilier de la prévention visuelle et un secteur d’innovation au service de tous !
