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Myopie mondiale : constats, risques et réponses de l’optique

Temps de lecture : 4 minutes

 

La myopie connaît une progression sans précédent à l’échelle mondiale, portée par l’évolution des usages visuels, la sédentarité et l’exposition massive aux écrans, tant d’un point de vue professionnel que personnel (gaming, smartphones…). Longtemps perçue comme un simple défaut de réfraction, elle s’impose désormais comme un véritable enjeu de santé publique. Entre constats scientifiques préoccupants et innovations technologiques majeures, l’optique se retrouve au cœur de la prévention, du suivi et de la prise en charge de la myopie, en particulier chez les jeunes générations.

Myopie : une progression mondiale qui alerte la filière optique

La myopie est aujourd’hui l’un des troubles visuels les plus dynamiques en termes de prévalence. Selon une étude de référence publiée dans la revue Ophthalmology par Brien Holden Vision Institute, près de 4,8 milliards de personnes pourraient être myopes d’ici 2050, soit environ 50 % de la population mondiale.

Cette augmentation est étroitement liée aux transformations de nos modes de vie :

  • usages intensifs des écrans (travail, loisirs, éducation),

  • réduction du temps passé à l’extérieur,

  • sollicitation prolongée de la vision de près.

 

Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

Chez les enfants et adolescents, les études montrent que le manque d’exposition à la lumière naturelle joue un rôle clé. La lumière du jour favorise la sécrétion de dopamine rétinienne, un mécanisme qui limite l’allongement excessif de l’œil — facteur central du développement de la myopie.

Pour la filière optique, ce constat marque un changement d’échelle : la myopie n’est plus marginale, elle devient structurelle…

Myopie et risques associés : un enjeu de santé publique

Au-delà du simple inconfort visuel, la myopie — en particulier lorsqu’elle est forte — expose à des complications oculaires sérieuses. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs sociétés savantes alertent sur les risques accrus de :

  • décollement de rétine,

  • myopie maculaire,

  • glaucome,

  • cataracte précoce.

La progression des cas de myopie forte (supérieure à -6 dioptries) est particulièrement préoccupante en Asie, mais l’Europe et l’Amérique du Nord connaissent une accélération comparable. Selon l’European Council of Optometry and Optics (ECOO), la myopie représente déjà un enjeu majeur de prévention visuelle dans les politiques de santé européennes.

Dans ce contexte, l’opticien est souvent l’un des premiers professionnels de santé visuelle consulté. Il joue un rôle central dans la détection précoce, l’orientation médicale et l’éducation des patients, notamment des familles.

Innovations et nouvelles stratégies de gestion de la myopie

Face à cette évolution, l’innovation s’accélère sur plusieurs fronts, repositionnant l’optique comme un secteur clé de la prévention.

Verres freinateurs de myopie

Les verres ophtalmiques de contrôle de la myopie (comme les technologies DIMS, HALT ou Stellest) ont démontré leur efficacité dans plusieurs études cliniques, avec une réduction de la progression de la myopie pouvant atteindre 50 à 60 % chez l’enfant, selon les protocoles. Ils sont évidemment recommandés de façon quasi-systématique désormais en magasin, même s’ils demandent une utilisation spécifique pas toujours évidente à mettre en place pour les plus petits.

Verres freinateurs de myopie – marque Stellest par Essilor

Lentilles de contact spécifiques

Les lentilles de défocalisation périphérique ou l’orthokératologie nocturne s’imposent également comme des solutions complémentaires, sous suivi strict, pour certains profils de patients.

Elles sont principalement indiquées chez les enfants et adolescents présentant une myopie évolutive rapide, notamment en cas d’antécédents familiaux de myopie forte ou lorsque la progression dépasse −0,50 dioptrie par an.

Ces solutions peuvent également concerner de jeunes patients motivés, avec une bonne observance et un environnement familial impliqué, car elles nécessitent un suivi régulier, une hygiène rigoureuse et une coordination étroite entre opticien, ophtalmologiste et parfois orthoptiste.

Photo de Arteum.ro sur Unsplash

Approches comportementales et prévention

L’innovation ne se limite pas aux produits. De nombreuses recommandations médicales insistent sur :

  • au moins 2 heures par jour d’activités extérieures chez l’enfant,

  • la gestion du temps d’écran,

  • l’ergonomie visuelle et les pauses régulières.

Ces dimensions renforcent le rôle de conseil global de l’opticien, au croisement de la santé visuelle, de la pédagogie et des usages numériques.

La myopie illustre parfaitement les mutations actuelles du secteur de l’optique : un trouble en forte croissance, aux implications médicales, sociétales et économiques majeures. Face à ce défi, les innovations — qu’elles soient technologiques, cliniques ou comportementales — offrent des leviers concrets pour ralentir sa progression. Plus que jamais, l’opticien s’affirme comme un acteur stratégique de la prévention visuelle, capable d’anticiper, d’expliquer et d’accompagner durablement les patients dans un monde où les usages visuels continuent de s’intensifier…