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Montures : ces matériaux fous qui réinventent vos lunettes

Temps de lecture : 5 minutes

 

On ne fabrique plus des lunettes comme avant… Et c’est tant mieux. Entre les pressions écologiques, les attentes d’une nouvelle génération de consommateurs et l’essor de technologies de fabrication inédites, l’industrie de la monture connaît une transformation profonde. Marc de café, plastiques repêchés dans les océans, graphène, fibres de lin bretonne… L’innovation matière en optique n’a jamais été aussi foisonnante. Et ce n’est qu’un début !

Les classiques « verts » qui s’imposent désormais comme normes

Le bio-acétate : du niche au mainstream

Ce qui était encore un argument marketing de niche en 2022 est devenu une tendance de fond. Le bio-acétate — composé à 60 % de cellulose végétale — a été lancé en masse par Luxottica dès février 2023, donnant le signal que le secteur allait basculer. Contrairement à l’acétate traditionnel, il ne contient pas de plastifiants issus du pétrole, le rendant entièrement compostable. En 2025, l’accent est largement mis sur la durabilité et l’usage de ce matériau écologique, qui offre une grande variété de couleurs et de finitions — sans rien sacrifier à l’esthétique.

Matsuda – Montures Titane de luxe

Le titane recyclé : léger, solide, responsable

Valeur sûre de la lunetterie haut de gamme, le titane vit lui aussi sa mue écologique. Le titane recyclé, popularisé par la marque Matsuda, permet de réduire de 35 % le poids des montures sans rogner sur leur solidité. Hypoallergénique, extrêmement résistant à la corrosion, il reste le choix de référence pour ceux qui veulent allier confort, finesse et longévité.

Le polyamide biosourcé : le challenger flexible

Le polyamide biosourcé, issu de matières premières renouvelables, gagne en popularité. Ce matériau, à la fois flexible et résistant, permet de créer des montures confortables et durables, avec un faible impact environnemental. Il tend à prendre la place de l’Ultem dans les gammes sport et quotidien, avec l’avantage supplémentaire d’une origine non pétrolière. Des marques comme Götti, lunettier suisse, se sont déjà appropriés le polyamide dans le cadre de leurs fabrications 3D.

Les innovants : quand la matière première surprend

Les plastiques de l’océan : la mer comme recyclerie

C’est l’une des tendances les plus symboliques de ces deux dernières années. On ne présente plus Sea2see, qui a introduit sur le marché une fabrication entièrement sourcée à partir de plastiques repêchés dans les océans, alliant esthétisme et conscience environnementale. Une démarche qui répond à une double urgence : réduire la pollution marine tout en proposant des produits attractifs. D’autres marques européennes emboîtent le pas, preuve que la filière plastique océan quitte le domaine du gadget pour devenir un vrai segment de marché.

Sea2See, collections en déchets recyclés de plastique marin

La pierre et les haricots : ROLF réinvente l’usage de la matière

Et si les matériaux les plus surprenants venaient de la nature la plus brute ? C’est le pari réussi de la marque autrichienne ROLF, qui remporte pour la deuxième fois en 2025 le prix CSE (Certified Sustainable Eyewear) au salon MIDO de Milan — la principale vitrine mondiale de l’optique. Sa particularité : produire des montures à partir de matières aussi inattendues que le bois, les fèves de ricin ou encore l’ardoise, une pierre naturelle à la teinte profonde. Au-delà de l’originalité, ROLF mise sur un design intemporel pensé pour durer — une façon de réduire l’empreinte écologique non pas seulement par le choix des matériaux, mais par la longévité des pièces elles-mêmes.

 

Friendly Frenchy – collection Coquillages

Les matières insolites : coquilles, lin, café…

L’innovation ne vient pas toujours des labos. Plusieurs marques artisanales, notamment françaises, explorent des matières premières d’origine locale et radicalement inattendues. Friendly Frenchy s’est spécialisée dans la fabrication de montures à partir de coquilles d’huîtres et d’autres matières marines biosourcées, récupérées auprès de producteurs et restaurateurs des côtes normandes et atlantiques. La marque Linotte propose des montures conçues en fibres de lin cultivé de façon écologique, sans irrigation ni pesticides. Et la start-up ukrainienne Ochis Coffee continue, elle, de produire des montures à partir de marc de café et de biopolymère végétal — biodégradables cent fois plus rapidement qu’une monture en plastique classique.

La fabrication réinventée : l’impression 3D s’installe

Les matériaux ne sont pas le seul levier de transformation. L’impression 3D permet désormais de créer des montures sur mesure, parfaitement adaptées à la morphologie de chaque visage, tout en réduisant les déchets de production. Résultat : moins de chutes de matière, des designs avant-gardistes impossibles à usiner traditionnellement, et une personnalisation poussée à son maximum. La marque Hakino, née dans l’ouest de la France, a ainsi lancé une collection aux faces imprimées en 3D après avoir travaillé le bois et l’huile de ricin, combinant démarche artisanale et technologie de pointe.

Et demain ? La matière intelligente entre en scène

La prochaine frontière ne concerne plus seulement les matériaux écologiques : ce sont des matériaux capables d’embarquer de la technologie. Warby Parker et Google ont officialisé leur collaboration pour développer des lunettes légères alimentées par l’IA Gemini, le premier produit étant prévu pour 2026. Ces montures devront être suffisamment légères, résistantes et discrètes pour intégrer micros, caméras et haut-parleurs sans que le porteur n’ait l’impression de porter un gadget. Un défi de conception et de matériaux autant que technologique.

Du côté de Meta, les Ray-Ban Smart Glasses Gen 2 — dotées d’une caméra 12 mégapixels et d’une autonomie de 8 heures — sont déjà sur le marché européen, fixant le niveau d’exigence que les concurrents devront atteindre.

Ce que ça change pour les opticiens et leurs clients

La demande des consommateurs est bien réelle, et l’offre s’adapte à grande vitesse : les grandes enseignes comme les marques indépendantes intègrent désormais systématiquement un ou plusieurs matériaux « responsables » dans leurs nouvelles collections. Pour les opticiens, cette montée en puissance représente à la fois une opportunité pédagogique — expliquer les différences, valoriser l’origine, justifier le prix — et un véritable argument de différenciation face aux offres en ligne.

L’ère de la monture comme simple contenant de verres est bel et bien révolue. Ce qu’on porte sur le nez en dit désormais autant sur nos valeurs que sur notre style, et c’est tant mieux !