
Le gaming s’est imposé comme un usage visuel intensif et continu, bien au-delà de la sphère des loisirs. Entre jeux vidéo, streaming et compétitions, de nombreux adultes passent plus de 8 heures par jour devant les écrans, créant des sollicitations visuelles parfois extrêmes. Cet article explore pourquoi optique et gaming sont désormais indissociables : entre confort visuel, prévention, performance et nouvelles attentes des clients, l’opticien doit saisir ces tendances pour enrichir conseil, offres et services.
Le gaming révèle les nouveaux besoins visuels de tous
Le gaming n’est plus une niche ; c’est aujourd’hui un usage représentatif de ce que d’autres populations vivent au quotidien — travailleurs numériques, créateurs de contenu, étudiants, etc. D’après des données récentes, près de 60 % des adultes déclarent passer plus de 8 heures par jour devant un écran, cumulant travail et loisirs numériques. Une exposition de cette durée peut entraîner fatigue oculaire, sécheresse, maux de tête ou difficultés de focalisation — autant de signaux que les opticiens observent de plus en plus en pratique clinique.
Dans ce contexte, le gaming devient un laboratoire d’usages visuels intensifs, révélant des besoins qui dépassent largement le cadre du seul loisir. Les lunettes “gaming”, souvent associées à des verres filtrant la lumière bleue ou améliorant le confort visuel, incarnent cette évolution : elles sont conçues pour réduire la fatigue oculaire liée aux écrans tout en optimisant le contraste et la perception des détails pendant de longues sessions.
Cette tendance fait évoluer l’opticien de simple prescripteur à conseiller en santé numérique, capable de proposer des solutions adaptées à des pratiques visuelles prolongées.

Pixabay – photo par Sunriseforever
Des innovations produits aux usages réels : lunettes et technologie
Le marché des lunettes spécifiquement associées aux écrans — souvent commercialisées sous l’étiquette “gaming” ou “anti-lumière bleue” — est en pleine expansion, porté par la prise de conscience des risques associés à l’exposition aux écrans. Selon une étude de marché, le marché mondial des lunettes filtrant la lumière bleue devrait croître significativement, tiré par l’adoption accrue d’appareils numériques et la demande croissante de protection visuelle. L’industrie des lunettes de jeu devrait en effet représenter 79 milliards de dollars en 2032 (contre 19 milliards en 2024…).
Les lunettes gaming utilisent des verres spécifiques (souvent teintés) qui filtrent les longueurs d’ondes énergétiques élevées potentiellement nocives, réduisant l’éblouissement et améliorant le confort. Certaines technologies intègrent aussi des composants connectés ou des fonctionnalités avancées destinées à optimiser l’expérience visuelle ou l’intégration avec les environnements virtuels (AR) et les plateformes immersives.
Pour les professionnels de l’optique, ces innovations représentent une opportunité de diversifier l’offre au-delà de la simple correction optique traditionnelle, en intégrant des solutions d’ergonomie visuelle pour les pratiques prolongées d’écrans. Cela signifie adapter les montures, proposer des options personnalisées et éduquer les clients sur l’usage optimal de ces produits dans des contextes variés.
Le marketing gaming et optique : un modèle redoutablement efficace
Au-delà de la technologie, le succès des lunettes gaming repose aussi sur un marketing extrêmement structuré et émotionnel, inspiré des codes du jeu vidéo et de la pop culture. Des marques comme Horus l’ont parfaitement compris en lançant des collections sous licence officielle, à l’image des lunettes League of Legends – Hextech, directement inspirées de l’univers visuel du jeu.
Ces produits ne se vendent pas uniquement pour leurs bénéfices optiques, mais comme de véritables objets d’appartenance culturelle : storytelling fort, design identifiable, édition limitée, communauté engagée. Le joueur n’achète pas “des lunettes”, il achète un symbole, un lien avec son univers favori.

Pour les opticiens, cette approche ouvre une opportunité commerciale claire :
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montée en gamme de produits à forte valeur perçue à travers des licences savamment choisies,
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création de vitrines thématiques ou temporaires,
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capacité à toucher une clientèle plus jeune et souvent difficile à capter par les circuits traditionnels.
Le gaming démontre ainsi qu’en optique, le désir précède souvent le besoin médical, et qu’un produit bien raconté, bien scénarisé, peut devenir un puissant moteur de trafic, de différenciation et de marge — à condition d’être accompagné d’un conseil professionnel crédible et adapté.
Conseiller au-delà des verres : rôle stratégique de l’opticien
L’évolution entre gaming et optique met en lumière un changement fondamental : l’opticien n’est plus seulement un fournisseur de verres correcteurs, mais un conseiller santé visuelle global. Les gamers (professionnels ou casual) partagent des problématiques similaires à celles de nombreux autres utilisateurs intensifs d’écrans — fatigue, irritation, perturbation du sommeil liée à la lumière bleue — et cherchent des solutions complètes.
Cette mutation implique plusieurs axes de travail pour les opticiens :
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Éducation et prévention : expliquer les effets des usages prolongés d’écran, recommander des pauses adaptées, optimiser l’environnement visuel.
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Offre produit enrichie : proposer des traitements spécifiques, des verres personnalisés selon les besoins d’usage plutôt que des catégories génériques.
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Intégration des nouvelles technologies : intégrer des solutions Réalité Virtuelle (AR) ou des lunettes intelligentes quand elles sont pertinentes pour les clients.
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Accompagnement sur l’ergonomie : conseils posturaux, réglages de distance et luminosité, accompagnement en collaboration avec d’autres professionnels de santé.
Ce rôle conseil devient un élément de différenciation fort dans un paysage où les comportements d’achat se transforment et où le consommateur attend du professionnel une expertise au-delà de la simple correction visuelle.
En conclusion, optique et gaming ne doivent plus être considérés comme un simple sujet de niche ou un effet de mode. Le gaming a servi de miroir à des pratiques visuelles qui se généralisent, révélant des besoins de confort, de prévention et de performance qui touchent un public bien plus large que les seuls passionnés de jeux vidéo.
Pour les opticiens, c’est une opportunité stratégique : enrichir l’offre en intégrant les enseignements du gaming sur la gestion de l’exposition aux écrans, adapter le discours conseil aux nouveaux usages et affirmer leur rôle de professionnels de santé visuelle à part entière dans un monde où les écrans sont omniprésents et où la vision est un capital à préserver.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de malvoyance dans les pays industrialisés. Elle touche plus de 8 % de la population française et jusqu’à un tiers des plus de 75 ans.
Jusqu’à présent, la forme atrophique (ou sèche) de la maladie, la plus fréquente, ne bénéficiait d’aucun traitement. Mais les récents travaux internationaux menés par l’Institut de la Vision (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), en collaboration avec la fondation Adolphe de Rothschild, l’Hôpital national des 15-20, l’université Stanford et la société Science Corporation, viennent de franchir une étape historique. Grâce à l’implant Prima, un implant rétinien de neurostimulation, des patients atteints de la forme atrophique ont retrouvé une vision partielle. Une avancée qui redonne espoir aux millions de personnes touchées par cette maladie encore incurable…
DMLA : comprendre une maladie aux multiples visages
La DMLA est une maladie chronique et évolutive qui se manifeste après 50 ans. Elle se caractérise par la dégénérescence progressive des cellules photoréceptrices de la macula — ces cellules spécialisées qui captent la lumière et permettent la perception des détails et des couleurs.
On distingue deux formes principales :
- La DMLA exsudative (ou humide) : due à la prolifération anormale de vaisseaux sanguins sous la rétine, elle évolue rapidement mais peut être ralentie grâce à des injections intraoculaires d’anti-VEGF.
- La DMLA atrophique (ou sèche) : elle représente environ 80 % des cas. Sa progression est lente mais irréversible, provoquant une perte définitive de la vision centrale, sans traitement disponible jusqu’ici.

Les principaux facteurs de risque sont bien identifiés : l’âge, la consommation de tabac, la prédisposition génétique, l’alimentation déséquilibrée et l’exposition prolongée à la lumière bleue. Avec le vieillissement de la population, la DMLA pourrait concerner plus de 5 millions de personnes dans le monde d’ici 2050.
L’implant rétinien Prima : une révolution dans la neurostimulation visuelle
Développé par le chercheur Daniel Palanker à l’université de Stanford, le système Prima (porté par l’entreprise française Pixium Vision ) repose sur une idée simple mais audacieuse : remplacer les cellules photoréceptrices détruites par une puce électronique capable de transformer la lumière en signal électrique.
Le dispositif comprend deux éléments :
- une micro-puce photovoltaïque implantée sous la rétine, mesurant seulement 2 mm de côté et 30 microns d’épaisseur, composée de 378 électrodes ;
- une paire de lunettes de réalité augmentée, équipée d’une caméra miniature et reliée à un mini-ordinateur portable.
Son fonctionnement est ingénieux. La caméra capte les images de l’environnement, les traite via un algorithme qui ajuste le contraste, la luminosité et le grossissement (jusqu’à ×12), avant de les convertir en faisceaux infrarouges. Ces rayons sont projetés en temps réel sur l’implant, qui transforme la lumière en impulsions électriques, stimulant directement les neurones rétiniens encore fonctionnels.
Le système fonctionne sans fil ni batterie externe, l’énergie étant fournie par le faisceau infrarouge lui-même — un exploit technologique qui évite tout câble sortant de l’œil.
Des résultats cliniques spectaculaires et prometteurs
Les résultats de l’essai clinique, publiés dans le New England Journal of Medicine en octobre 2025, sont qualifiés d’« exceptionnels » par les chercheurs.
Menée dans 17 centres européens (dont Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes et Paris pour la France), l’étude a inclus 38 patients atteints de DMLA atrophique sévère, âgés en moyenne de 79 ans.
Après implantation de l’implant Prima et plusieurs mois de rééducation visuelle, les résultats sont sans précédent :
- 81 % des participants ont amélioré leur acuité visuelle d’au moins 0,2 logMAR, soit la capacité à lire 10 lettres supplémentaires sur un tableau standard.
- 78 % ont atteint une amélioration de 0,3 logMAR, lisant 15 lettres ou plus.
- Le meilleur score a montré un gain de 59 lettres, correspondant à une amélioration spectaculaire.
- Enfin, plus de 84 % des patients ont déclaré pouvoir lire à nouveau des lettres, des chiffres et même des mots dans leur quotidien.
Ces avancées concrétisent une promesse longtemps jugée utopique : permettre à des patients aveugles du centre de retrouver une vision fonctionnelle tout en conservant leur vision périphérique naturelle.
Comme le souligne le professeur José-Alain Sahel, co-auteur de l’étude :
« C’est la première fois qu’un système permet à des patients ayant perdu la vision centrale de lire des mots, voire des phrases, tout en préservant la vision périphérique. »
Les effets secondaires observés (hypertension oculaire, hémorragies ou décollements localisés de la rétine) ont été maîtrisés et résolus dans 95 % des cas, confirmant une bonne tolérance clinique.
Vers une nouvelle ère de la vision artificielle
L’implant Prima n’est que la première génération d’une technologie appelée à évoluer rapidement.
Les prochaines versions en cours de développement promettent :
- une meilleure résolution visuelle, avec des pixels réduits à 20 microns (contre 100 actuellement) et jusqu’à 10 000 électrodes par puce ;
- l’introduction du niveau de gris (aujourd’hui, les patients perçoivent les formes en noir et blanc) ;
- des lunettes plus fines et ergonomiques, associées à des algorithmes d’intelligence artificielle pour optimiser la lecture et la reconnaissance faciale.
Ces perspectives laissent entrevoir des applications au-delà de la DMLA, notamment dans les rétinites pigmentaires ou la maladie de Stargardt, d’autres pathologies dégénératives touchant les photorécepteurs.
Selon Serge Picaud, directeur de recherche à l’Institut de la Vision :
« Ce message positif dans la DMLA atrophique va sans doute permettre de ramener ces patients dans les parcours de soins, et d’élargir le champ des thérapies rétiniennes à d’autres maladies encore orphelines. »
Un espoir concret pour des millions de patients
En redonnant la capacité de lire, s’orienter et reconnaître les formes du quotidien, le système Prima marque un tournant majeur dans l’histoire de l’ophtalmologie moderne.
Fruit de plus de vingt ans de recherche, cette innovation allie neurosciences, photonique et intelligence artificielle pour pallier la perte des photorécepteurs — une prouesse autrefois réservée à la science-fiction.
Si le dispositif doit encore faire l’objet d’un suivi à long terme et d’une validation réglementaire, sa commercialisation pourrait intervenir d’ici deux ans, ouvrant la voie à une véritable révolution pour la prise en charge de la DMLA sèche.
La science n’a pas encore trouvé le moyen de rajeunir la rétine, mais elle vient de prouver qu’elle pouvait réinventer la vision…
