
Deux ans après l’engouement pour les « lunettes anti-stress », le paysage s’est nettement clarifié. Une partie des marques qui misaient sur la neurostimulation généraliste a disparu ou s’est repositionnée, tandis que la luminothérapie, technologie plus ancienne et mieux documentée, s’est imposée comme la composante la plus crédible de ce marché. Le terme « anti-stress » lui-même a perdu du terrain au profit d’un vocabulaire plus précis : régulation circadienne, gestion du décalage horaire, accompagnement du blues hivernal.
Lunettes anti-stress : un marché qui s’est recentré sur la lumière
Les modèles qui subsistent en 2026 partagent presque tous la même base technique : une diode émettant une lumière bleue ou verte à spectre étroit, positionnée directement devant l’œil pour agir sur les cellules ganglionnaires photosensibles de la rétine, elles-mêmes reliées à l’horloge biologique. Le Re-Timer mise sur une LED verte à 500 nm plutôt que sur la lumière bleue, avec une efficacité jugée équivalente à une exposition de 10 000 lux, tandis que l’AYO+ utilise une lumière turquoise à bande étroite censée optimiser le rythme circadien avec des sessions courtes, autour de 20 minutes. La Luminette, elle, a conservé une approche plus lumineuse et diffuse.

Modèle : Re-Timer
Les données disponibles suggèrent un effet bénéfique sur l’anxiété, notamment lorsqu’elle s’accompagne de troubles du sommeil ou d’une composante saisonnière, via des mécanismes supposés impliquant la sérotonine et la régulation du cortisol — mais ces preuves restent moins solides que celles concernant la dépression saisonnière.

Modèle : Luminettes
Sur ce dernier point en revanche, la littérature s’est étoffée : une méta-analyse publiée dans JAMA Psychiatry en 2025 a fait le point sur l’usage de la luminothérapie pour les troubles dépressifs non saisonniers, consolidant un corpus déjà robuste pour l’indication saisonnière.
Lunettes anti-stress : ce qui a disparu, ce qui a évolué
Le PSiO, qui combinait photostimulation pulsée et audiostimulation, n’a pas disparu mais s’est recentré : déployé depuis plus de vingt ans en milieu hospitalier, il reste vendu, notamment en Belgique où il est distribué en pharmacie sur prescription médicale. Sa promesse de « lâcher-prise » via stimulation multisensorielle demeure, mais son positionnement est aujourd’hui davantage paramédical que grand public connecté.

Modèle : PSIO 3.0
Le bandeau Muse, de son côté, a changé de nature plutôt que de disparaître. Le concurrent Dreem a cessé la vente aux particuliers dès 2021 pour se recentrer sur la santé et la recherche, laissant Muse en position dominante sur le marché du neurofeedback EEG grand public. L’appareil mesure désormais l’activité cérébrale, le rythme cardiaque et respiratoire pour affiner des séances de méditation guidée et de suivi du sommeil — un usage qui relève davantage du biofeedback quantifié mais souhaite poursuivre son engagement autour de la promesse « anti-stress » initiale.

Modèle : Muse 2
Une catégorie marketing qui s’efface devant la preuve
Le constat de 2026 est assez net : les dispositifs qui ont survécu sont ceux qui se sont adossés à une base scientifique vérifiable (photothérapie circadienne) plutôt qu’à une promesse de bien-être diffuse. Les prix ont aussi évolué à la baisse pour l’entrée de gamme : une paire de lunettes de luminothérapie sérieuse s’achète désormais à partir de 50 à 299 euros, les modèles certifiés les plus innovants (neurofeedback, dispositifs médicaux) allant jusqu’à 599 euros, rendant la technologie plus accessible qu’au moment du premier engouement.
Reste une question de fond, toujours ouverte : ces dispositifs traitent un symptôme (dérèglement circadien, fatigue, humeur basse) sans nécessairement s’attaquer à ses causes — surcharge d’écrans, rythmes de travail, sédentarité. Leur intérêt clinique, désormais mieux établi pour certaines indications précises, ne dispense donc pas d’une réflexion plus large sur l’hygiène de vie numérique…

Le smartphone est peut-être la principale cause de fatigue visuelle de vos clients — mais il peut aussi devenir leur meilleur allié pour prendre soin de leurs yeux. En 2025, les Français passent en moyenne 4,6 heures par jour devant un écran, soit 29 % de leur temps hors sommeil, un rythme qui double le risque de myopie et aggrave la sécheresse oculaire. Face à ce constat, une nouvelle catégorie d’applications mobiles s’est imposée : celles dédiées à la santé visuelle. Tour d’horizon des meilleures selon Eyes-Road !
Fatigue numérique : les applis de santé visuelle anti-écran
La règle des 20-20-20 — faire une pause de 20 secondes toutes les 20 minutes en fixant un objet à 20 pieds (6 mètres) — est aujourd’hui le socle de nombreuses applications de prévention. Des outils comme Eye Care 20 20 20 (iOS/Android) rappellent automatiquement ces pauses et proposent des exercices de relaxation oculaire minutés.
Dans la même veine, f.lux (PC/Mac) et son équivalent natif sur iOS et Android (le fameux Night Shift / Mode nuit) adaptent la température des couleurs de l’écran à l’heure de la journée, réduisant l’exposition à la lumière bleue en soirée — dont l’impact sur le sommeil et la récupération oculaire est documenté.
Pour les usages plus intensifs, Myopia.app (Google Play) surveille en temps réel la distance d’utilisation du smartphone, la durée d’exposition et la luminosité ambiante — avec la possibilité de créer des profils par membre de la famille. Un outil pensé par des optométristes, particulièrement utile pour les enfants.

Extrait de la page Wikipédia de l’app f.lux – résultat luminosité écran avec ou sans l’app
Entraîner ses yeux : la rééducation visuelle sur mobile
C’est sans doute la catégorie la plus étoffée. Yeux + Vision (iOS/Android) propose aujourd’hui 160 exercices oculaires couvrant amblyopie, myopie, hypermétropie, strabisme, accommodation et sécheresse oculaire. Les exercices de Gabor — dont l’efficacité sur la sensibilité aux contrastes est reconnue dans la littérature scientifique — y ont été enrichis en octobre 2024 avec 16 nouveaux niveaux. L’application permet également de suivre les recommandations d’un orthoptiste et de personnaliser son programme d’entraînement.
Pour l’amblyopie spécifiquement, des applications comme GamE-blyopia (nécessite des lunettes 3D) proposent de travailler la vision binoculaire via des jeux — une approche ludique qui améliore l’observance chez les jeunes patients.

Extrait App Yeux + Vision
Surveiller la myopie : des outils pour les familles et les pros
La HAS a publié en 2024 de nouvelles recommandations préconisant un dépistage de la myopie dès l’âge de 3 ans. Dans ce contexte, des applis de santé visuelle dédiées au suivi gagnent en pertinence. Myopia.app déjà citée permet aux parents de suivre les habitudes numériques de leur enfant, tandis que des outils professionnels comme NovaSight (plateforme thérapeutique numérique à usage clinique) s’adressent directement aux opticiens et orthoptistes pour le suivi et le freinage de la myopie en cabinet.
Ces outils ne remplacent pas l’examen clinique — le diagnostic précis requiert impérativement un matériel spécialisé — mais ils constituent un relais pertinent entre deux consultations.

Extrait Myopia App
Comprendre la basse vision : l’app Visions de Jules-Gonin
Lancée en novembre 2024 lors du Festival Planète Santé, Visions est une application développée par l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin (Lausanne). Gratuite, disponible en français, allemand, italien et anglais, elle permet de simuler en temps réel une vingtaine de pathologies visuelles — DMLA, glaucome, cataracte, rétinite pigmentaire… — et de visualiser les étapes du développement normal de la vision chez l’enfant.
Son intérêt dépasse la simple curiosité : l’application va bien au-delà d’un simulateur ludique, selon ses concepteurs. Elle permet aux professionnels de disposer d’un outil de sensibilisation à la basse vision, et propose des informations pour aider à comprendre les pathologies visuelles et leur développement. Pour un opticien, c’est un support de conseil client inédit : montrer en direct à un proche d’un patient ce que celui-ci voit réellement.
Accessibilité et autonomie : les apps pour malvoyants
Pour les personnes en situation de basse vision, Lookout (Google, Android) et Seeing AI (Microsoft, iOS) utilisent la caméra du smartphone et l’intelligence artificielle pour lire des textes, identifier des objets, reconnaître des visages et décrire des scènes. Des outils qui prolongent l’autonomie au quotidien et complètent utilement les dispositifs optiques de compensation prescrits en cabinet.

Extrait de l’app Seeing AI
Applis de santé visuelle : ce que ça implique pour les opticiens
Ces applications n’ont évidemment pas pour vocation de concurrencer pas le conseil de l’opticien — elles l’enrichissent, tout simplement. Recommander Myopia.app à un parent inquiet, proposer Visions pour expliquer la DMLA à un conjoint, orienter un patient vers Yeux + Vision pour compléter sa rééducation orthoptique : autant de gestes simples qui renforcent la relation de confiance et positionnent l’opticien comme référent global de la santé visuelle — bien au-delà de la simple délivrance de lunettes… Seul bémol : certaines de ces app peuvent être développées uniquement en anglais et limiter la transmission avec les patients.
Crédits photo à la une : freestocks.org
