Segmentation par usage en optique

 

Le marché de l’optique se transforme : face à des consommateurs de plus en plus exigeants et connectés, la personnalisation devient un levier stratégique. Les opticiens ne vendent plus seulement une paire de lunettes, mais une expérience adaptée à un style de vie. La segmentation par usage en optique (sport, vie active, travail sur écran, protection solaire ou santé visuelle spécifique) permet d’offrir des solutions sur mesure tout en augmentant la fidélisation client.
Cette approche marketing, soutenue par plusieurs études, aide à mieux comprendre les comportements d’achat et à proposer une offre plus cohérente avec les besoins réels des porteurs.

Le sport : un marché à haute valeur ajoutée

Les lunettes de sport représentent aujourd’hui un segment très dynamique, porté par la recherche de performance et de confort visuel. Les fabricants misent sur la résistance, la stabilité et la légèreté, avec des matériaux comme le polycarbonate, le TR90 ou le titane.

Des marques comme Oakley, Adidas Sport Eyewear ou Julbo intègrent des technologies photochromiques et polarisantes pour s’adapter à la luminosité changeante.

Selon un rapport de décembre 2024 de Grand View Research (2024), le segment des lunettes de sport devrait atteindre 24 milliards de dollars en 2030. Les opticiens qui développent un espace dédié au sport dans leur boutique gagnent en visibilité, notamment auprès des trentenaires actifs et des pratiquants réguliers.

Tout l’enjeu réside dans la formation des équipes à la prescription de verres techniques et la création  de partenariats locaux (clubs, coachs, associations sportives).

Vie active et travail sur écran : la fatigue visuelle au cœur des besoins

Les usages numériques explosent : entre 6 et 7,5 h d’écran par jour en moyenne pour les 18-55 ans selon Statista (2024). Cela entraîne une forte demande pour des solutions anti-lumière bleue, de verres progressifs optimisés pour le bureau ou de montures ergonomiques pour un port prolongé.

 

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Les grandes marques (Essilor, Nikon, Zeiss) développent très régulièrement des gammes spécifiques : Eyezen, Digital SmartLife, SeeCoat Blue UV… Des produits qui se déploient pour l’immense majorité de la population.

Pour les opticiens, cette segmentation ouvre la voie à une communication pédagogique : expliquer la différence entre les verres classiques et les verres « travail numérique » améliore la valeur perçue et justifie un positionnement tarifaire plus élevé.

L’optimisation du parcours client passe aussi par des questionnaires d’usage en boutique pour adapter la solution à la journée type du porteur.

Protection UV et vie quotidienne : la santé visuelle comme argument central

Les lunettes de soleil ne sont plus uniquement un accessoire de mode : elles deviennent un outil de prévention. Le site CooperVision mentionne que « les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) laissent à penser que jusqu’à 20 % des cataractes pourraient être dues à une surexposition aux rayons UV. »

Les innovations en matière de verres solaires (photochromiques, polarisants, anti-reflets internes) renforcent la protection tout en maintenant une esthétique valorisante.

Des marques comme Maui Jim ou Ray-Ban investissent dans des verres à filtration sélective (protection UV400 et lumière bleue nocive).

 

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Pour les opticiens, la segmentation par usage solaire représente une opportunité de diversification : lunettes de ville, de conduite, de montagne ou pour enfants.

Le Prescription Sunglass Market de Grand View Research prévoit une croissance de 5,6 % par an pour les lunettes de soleil correctrices entre 2025 et 2030.

La segmentation par usage en optique n’est pas qu’une approche marketing : c’est une réponse concrète aux nouveaux modes de vie visuels.

En différenciant les offres selon les besoins (performance sportive, confort numérique, protection ou mobilité), les opticiens valorisent leur expertise tout en fidélisant leur clientèle.

L’avenir de l’optique se joue sur la connaissance fine des usages et la pédagogie en boutique, bien plus que sur le simple affichage des prix.

couverture d’article avec lunettes et lumière photonique

Le monde de l’optique entre dans une nouvelle ère. Les progrès récents dans les technologies photoniques et les métamatériaux ouvrent des perspectives inédites : lentilles ultrafines, dispositifs à focalisation dynamique, réduction des aberrations, voire disparition des verres traditionnels au profit de surfaces nanostructurées. Mais au-delà du laboratoire, ces innovations dessinent déjà l’avenir des verres correcteurs et des instruments optiques. Pour les professionnels de la filière, l’optique photonique est un tournant à anticiper.

Optique et photonique : une révolution silencieuse dans l’univers de l’optique

L’optique est en pleine transformation. Longtemps centrée sur la correction visuelle, la filière explore aujourd’hui des technologies venues du monde de la physique quantique et des nanosciences. La photonique, qui consiste à manipuler la lumière plutôt que l’électricité, ouvre de nouvelles perspectives pour la conception de lentilles plus fines, plus performantes et plus intelligentes.

Ces avancées ne concernent plus seulement les laboratoires. De grandes entreprises, mais aussi des start-up, travaillent à miniaturiser et à industrialiser ces innovations. L’objectif ? Des verres capables de s’adapter à la luminosité, d’améliorer la netteté sans aberration, voire de projeter des informations en réalité augmentée. Pour les opticiens, cela annonce une nouvelle ère où la technologie devient un argument différenciant au même titre que le design ou le confort visuel.

ondes de lumière multicolores

Les innovations photonique & métamatériaux : ce que ça change pour les opticiens

 

Les progrès dans les matériaux optiques et la photonique ne restent pas confinés aux laboratoires ; ils commencent déjà à modifier le quotidien des boutiques d’optique. À l’avant-poste, Luxexcel s’est illustrée avec sa VisionPlatform 7, capable d’imprimer en 3D des verres correcteurs intégrant des composants comme des guides d’ondes, des feuilles de cristaux liquides, et des revêtements antireflets/hydrophobes.

Meta a acquis Luxexcel pour aller plus loin dans cette voie, ce qui illustre la confiance que placent les grands groupes dans ces technologies comme leviers pour les futures lunettes connectées.

Pour un opticien, cela signifie plusieurs choses concrètes. Tout d’abord, la capacité d’offrir des verres beaucoup plus fins et légers peut être un argument de vente puissant, particulièrement pour les clients sensibles au confort ou pour les porteurs de fortes prescriptions. Ensuite, la personnalisation se poursuit : alors que jusqu’à présent on modifiait la monture, on va pouvoir modifier (ou intégrer dès le départ) des fonctions optiques avancées directement dans le verre.

Par exemple, Optiswiss, fabricant suisse de verres, s’est associé avec Luxexcel pour utiliser VisionPlatform 7 dans ses sites de fabrication, ce qui pourrait permettre la production en série de verres “intelligents” pour les lunettes connectées.

Un autre point à noter concerne la communication vers le client. Les opticiens doivent se préparer à expliquer ce qu’est un verre imprimé en 3D, ce que sont les guides d’ondes ou les feuilles holographiques, et surtout en quoi ces innovations apportent un bénéfice concret : réduction de l’épaisseur, intégration intelligente, plus grande précision optique.

Enfin, les prix pourront être plus élevés compte tenu de la complexité de fabrication. Mais ces innovations permettront aussi de se positionner sur des niches à forte valeur, comme les lunettes connectées, les lunettes pour réalité augmentée ou les verres de haute performance visuelle.

Vision Plateform 7

Vers des lentilles et verres plus intelligents : les applications concrètes de l’optique photonique

 

Les avancées dans la photonique et les métamatériaux ouvrent la voie à une nouvelle génération de produits optiques : plus fins, plus précis, mais aussi plus “intelligents”. Ces technologies ne se contentent plus de corriger la vue, mais commencent à interagir avec l’environnement, la lumière, et même la physiologie du porteur.

Les chercheurs de l’Université de Stanford et de la startup Mojo Vision travaillent sur des lentilles de contact intelligentes intégrant des micro-écrans et des capteurs pour afficher des informations directement dans le champ de vision. Ces lentilles reposent sur la micro-photonique : elles gèrent la lumière au niveau de la nanostructure, permettant d’afficher une image ou d’augmenter le contraste selon la luminosité ambiante.

Les verres “à focale variable” font aussi un retour en force grâce aux métamatériaux. Ces verres changent de courbure ou d’indice optique en fonction de la distance de l’objet observé, via des matériaux à mémoire de forme ou des micro-cristaux liquides. Des entreprises comme DeepOptics développent déjà des modèles prototypes, notamment pour des lunettes de lecture ou de travail.

Les métamatériaux permettent désormais de concevoir des filtres dynamiques, capables de bloquer certaines longueurs d’onde selon l’intensité lumineuse, sans altérer la perception des couleurs. Cela ouvre la voie à des verres “photoniques” pour les écrans, les environnements industriels ou les conducteurs.

photons lumière sur fond noir

Quelles stratégies pour les opticiens face à la révolution photonique ?

 

L’arrivée de nouvelles technologies dans l’optique redessine les contours du métier. Comme dans d’autres industries, la frontière entre artisanat, technologie et service numérique s’estompe. Pour les opticiens, cela suppose d’anticiper les transformations et de se positionner dès maintenant sur ces marchés émergents.

  • Se former aux technologies optiques avancées

Les produits photoniques et les verres adaptatifs exigent des compétences techniques nouvelles : compréhension des matériaux à indice variable, des capteurs intégrés, ou encore des systèmes connectés.


Les opticiens pourraient tirer parti des formations proposées par les pôles de compétitivité comme Photonics France, ou suivre des modules de formation continue en partenariat avec les laboratoires ou fabricants.

  • Nouer des partenariats stratégiques avec les fabricants innovants

De plus en plus de startups et de laboratoires proposent des prototypes ou des licences de lentilles et verres à base de métamatériaux. Les enseignes régionales ou indépendantes peuvent établir des partenariats pilotes pour tester ces innovations en avant-première.


Ces collaborations permettent d’améliorer la visibilité du point de vente et de se différencier sur le plan technologique.

  • Miser sur la pédagogie et la différenciation

La technologie seule ne suffit pas : il faut la rendre compréhensible et désirable. Les opticiens qui parviennent à expliquer simplement à leurs clients ce qu’est l’optique photonique, comment fonctionnent les verres à adaptation photonique, les filtres dynamiques ou les lentilles intelligentes, gagnent un avantage concurrentiel.

  • Explorer les nouveaux modèles économiques

Les produits photoniques auront sans doute un coût initial plus élevé, mais ils ouvrent la porte à de nouveaux modèles économiques : offres d’abonnement ou de location technologique, incluant maintenance et mises à jour logicielles, assurances optiques connectées, avec suivi de la performance visuelle ou garantie d’échange, offres combinées santé + innovation, associant suivi de la vision, protection lumière bleue et verres intelligents.

  • Anticiper les usages et les attentes

Enfin, il s’agit de penser à long terme. Les jeunes générations, habituées aux technologies intelligentes et personnalisées, seront les premières à adopter ces solutions. Les opticiens qui investissent dès aujourd’hui dans la veille, la formation et les partenariats se positionnent sur un marché qui pourrait devenir l’un des plus dynamiques de la décennie.