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Métiers de l’optique : un paysage qui évolue !

Temps de lecture : 5 minutes

Opticien-lunetier, ophtalmologiste, orthoptiste. Voilà, pour beaucoup de jeunes étudiants ou de professionnels extérieurs au secteur, la cartographie complète des métiers de l’optique. Elle est pourtant incomplète — et de plus en plus ! Entre les nouvelles prérogatives légales des opticiens, l’essor des spécialisations paramédicales, l’irruption de la tech dans les cabinets et les ateliers, et l’émergence de profils inédits à la frontière entre l’optique et l’intelligence artificielle, la filière est en pleine recomposition. Voici un panorama des métiers qui font déjà — ou feront — l’optique de demain.

L’opticien est un professionnel de santé à part entière

Voici l’un des glissements les plus importants du secteur, et il est réglementaire. Depuis 2016, les opticiens peuvent adapter les ordonnances et réaliser des examens de vue. Ce qui était perçu comme une évolution discrète s’est avéré structurant : près de 60 % des opticiens en France estiment que leur métier a considérablement évolué au cours des cinq dernières années, selon l’Observatoire des Métiers de l’Optique 2024.

Ce changement de statut s’accompagne d’une transformation du quotidien en magasin. La prise de mesures est désormais assistée par des instruments numériques de précision. L’essayage virtuel par réalité augmentée complète régulièrement l’essayage physique exhaustif. Sur les sites les plus populaires, les chatbots orientent les clients en amont. Et les lunettes connectées, désormais compatibles avec des verres correcteurs, ouvrent une toute nouvelle dimension de suivi. L’opticien reste au cœur de la délivrance — mais son rôle de conseil et de prévention s’est donc considérablement élargi.

Le secteur reste également porteur sur le plan de l’emploi : près de 2 000 postes sont aujourd’hui à pourvoir en France, dont la grande majorité en CDI, avec plus de 13 000 magasins répartis sur le territoire.

Photo de Anna Shvets sur Pexels

Les spécialisations paramédicales : optométriste, basse vision, contactologue…

Derrière les termes « opticien » ou « ophtalmologue » se cachent en réalité plusieurs métiers distincts, aux compétences et aux débouchés bien différents.

L’optométriste est peut-être la spécialisation la plus stratégique de la décennie. Face à la désertification médicale en ophtalmologie, l’Association des Optométristes de France (AOF) alerte : en 2025, la moitié de la population pourrait ne plus avoir accès à des soins ophtalmologiques dans des délais raisonnables. Dans ce contexte, l’opticien-optométriste — formé via une licence professionnelle ou un bachelor sciences de la vision — est appelé à jouer un rôle de maillon essentiel entre le patient et l’ophtalmologiste.

Le spécialiste basse vision accompagne les personnes atteintes de déficiences visuelles sévères non corrigeables par des lunettes classiques — DMLA, glaucome avancé, rétinite pigmentaire. Il évalue les capacités visuelles résiduelles, prescrit des aides optiques spécifiques (systèmes de grossissement, filtres, éclairages adaptés) et travaille souvent en coordination avec des ergothérapeutes et orthoptistes. Un métier rare, en forte demande, accessible via une licence professionnelle spécialisée en Sciences de la Vision.

Le responsable en réfraction est un professionnel chargé de réaliser les examens de la vue afin de mesurer les défauts visuels (myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie). Il détermine ou ajuste la correction optique adaptée aux besoins du client, dans le respect de la réglementation en vigueur. Il conseille également sur le choix des verres et des équipements visuels. Il peut aussi superviser l’activité du pôle réfraction, veiller à la qualité du parcours client et assurer la gestion de l’équipement professionnel.

Le contactologue se positionne comme l’expert de l’adaptation des lentilles de contact, en particulier des lentilles rigides perméables aux gaz et des lentilles sclérotiques, utilisées pour corriger des cornées irrégulières (kératocône, post-chirurgical). En France, près de trois personnes sur quatre souffrent de troubles de la vision, et la part des porteurs de lentilles reste un marché à développer.

L’orthoptiste intervient en rééducation : strabisme, amblyopie, troubles de la convergence, séquelles neurologiques. Son rôle prend une dimension nouvelle avec la montée des pathologies oculomotrices liées aux écrans et l’essor du dépistage précoce chez l’enfant.

Les métiers de l’optique créatifs : artisan lunetier, designer, lunetier créateur…

Ce sont les métiers dont on parle peu au lycée, mais qui fascinent souvent. L’artisan lunetier fabrique des montures à la main — du prototypage à la finition — en acétate, métal, bois, corne ou matériaux biosourcés. Il maîtrise le façonnage, les machines à commande numérique, et de plus en plus l’impression 3D. Son terrain de jeu : les ateliers indépendants, les marques de niche, les collaborations avec des couturiers ou des designers. L’École des MOF Lunetiers à Morez forme ces profils depuis 2011, avec un catalogue désormais enrichi de modules impression 3D.

Le bachelor Lunetier Créateur de l’Institut Supérieur d’Optique (ISO) forme également les profils qui veulent aller créer leur propre marque, développer une collection, concevoir en DAO/CAO, et s’inscrire dans une démarche éco-responsable. Un profil hybride entre artisan, designer industriel et entrepreneur !

Photo de Nataliya Vaitkevich sur Pexels

Les nouveaux métiers de l’industrie optique : tech, data et IA

C’est la frontière émergente, encore peu balisée, mais déjà bien réelle dans les grands groupes de la filière.

L’ingénieur optique conçoit et perfectionne des instruments optiques — des verres ophtalmiques aux caméras embarquées dans les lunettes connectées, en passant par les systèmes de réalité augmentée. Son rôle le positionne en figure centrale de l’innovation technologique, avec un salaire attractif dès l’entrée de carrière et de larges perspectives d’évolution en R&D, en production ou en gestion de projets.

Chez EssilorLuxottica, Zeiss, Hoya ou Essilor, les équipes R&D recrutent des ingénieurs matériaux, des physico-chimistes et des data scientists capables d’analyser les données de vision collectées par les nouveaux dispositifs connectés. Ces profils n’existaient pas dans la filière il y a dix ans, mais ils en sont désormais une composante structurelle…

Enfin, l’essor des lunettes connectées à IA embarquée crée un nouveau besoin : des développeurs spécialisés en wearable tech, capables de concevoir les interfaces logicielles qui font dialoguer le verre, le capteur, l’IA et l’utilisateur. Selon le rapport Future of Jobs 2025 du Forum économique mondial, plus de 60 % des employeurs s’attendent à ce que l’IA et le digital transforment leur entreprise d’ici 2030 — et la filière optique ne fait pas exception.

Ce que cela implique pour la formation et le recrutement dans les métiers de l’optique

La filière optique, notamment en magasin, a été largement représentée par le BTS opticien-lunetier. Aujourd’hui, les parcours post-BTS se multiplient — licences professionnelles, bachelors, DU spécialisés, masters en management ou en sciences de la vision — et les profils recherchés par les industriels croisent désormais optique, numérique, biologie, design et data.

Pour les opticiens en exercice, cette diversification est aussi une opportunité : se former à la réfraction avancée, à la basse vision, à l’adaptation de lentilles complexes ou au conseil en lunettes connectées, c’est élargir son activité, fidéliser sa clientèle — et donner un nouveau sens à un métier en pleine mutation. Et finalement continuer à donner du sens, toujours plus de sens à sa carrière !

Crédits Photos à la Une : Ksenia Chernaya