Historique du métier d’opticien

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Dans un dossier précédent, nous avons raconté l’Histoire de l’optique en général. De l’antiquité à la renaissance, puis à l’époque moderne, nous avons relaté les prémices de l’ophtalmologie, de la santé visuelle publique et des avancées technologiques qui pourraient un jour rendre la vue aux non-voyants. Au milieu des recherches scientifiques et des théories sur le comportement de la lumière, la profession d’opticien naît véritablement. Retour sur l’historique du métier depuis sa règlementation.

 

Historique du métier d’opticien : une naissance officielle passée presque inaperçue.

 

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5 juin 1944. Alors que l’on fabrique et vend des montures optiques depuis déjà pas mal de temps, c’est ce jour qu’est ratifiée la loi constitutive de la profession d’opticien-lunetier. Mais, à cette date, les yeux du monde sont tournés vers la France pour d’autres raisons évidentes.

 

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Vichy souhaite protéger le public contre les « pratiques néfastes d’opticiens incompétents. »

 

Afin d’effectuer le métier d’opticien-lunetier, il devient nécessaire d’obtenir un diplôme. Ce dernier devient en 1954 le brevet de technicien supérieur optique-lunetterie (BTS OL).

 

Pourtant, le terme d’opticien existe depuis des siècles. Il fut pour la première fois cité dans l’ordonnance dite « des Bannières » en juin 1467.

 

Il aura fallu encore trois siècles (en 1762) pour que ce terme soit admis dans le dictionnaire de l’Académie Française. Un opticien y était alors défini comme « Celui qui sait, qui enseigne, qui est versé dans l’optique. »

 

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Une loi historique pour un métier qui doit faire face aux imposteurs

 

Pourquoi cette réglementation ? Simplement parce qu’au début du 20e siècle, les oculistes commencent à constater et s’inquiéter de la multiplication de patients victimes développant des lésions oculaires suite à leur visite chez d’obscurs « opticiens. »

 

Par ailleurs, certains faits d’escroquerie de la part de marchands de lunettes pratiquant le colportage sont aussi largement dénoncés.

 

Mais il est actuellement difficile d’établir que cette loi de 1944 est réellement la première destinée à règlementer la profession.

 

En effet, en 1911, l’Union centrale des opticiens détaillants et le Syndicat des oculistes français déposent conjointement un premier projet de règlementation. Il s’agissait d’ajouter à la loi de 1892 sur l’exercice de la médecine des ajustements permettant de réglementer non seulement la vente de produits optiques, mais aussi les conditions d’obtention du titre d’opticien.

 

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La loi de 1944, chargée de mettre un terme aux agissement malveillants ayant de lourdes conséquences sur la santé publique, sert surtout à déterminer ce que ne peut pas faire un opticien.

 

Le colportage est donc interdit, tout comme la délivrance de verres correcteurs sans ordonnance aux personnes de moins de seize ans.

 

En 1962, la loi sera complétée par un arrêté. Celui-ci met en lumière une liste de pratiques ne pouvant être effectuées que par des médecins, comme par exemple « le maniement des appareils servant à déterminer la réfraction oculaire. »

 

Durant les années 60, les enseignes commerciales commencent à se propager un peu partout. La profession d’opticien « moderne » et plutôt standardisée est née.

 

Un tournant dans le métier : l’apparition du verre progressif

 

En mai 1959, une innovation va profondément modifier l’approche et l’historique du métier d’opticien : la création du verre Varilux, premier verre progressif.

 

Cette géométrie de verre permet de corriger la presbytie et le pouvoir de compenser l’ensemble des défauts de vision.

 

On peut désormais passer d’une distance de vision à une autre en douceur.

 

En 1972, la création de Varilux II va faire du verre progressif un standard de la correction optique. Cette innovation va forcer la profession à se réorganiser, à se professionnaliser, à grandement établir et mesurer les besoins des clients.

 

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Désormais, et de plus en plus, on prend en compte de nombreux critères pour personnaliser le service au client. On assiste à une évolution complète des champs de compétence. Sont pris en compte la morphologie, le mode de vie, les conditions de travail des clients afin de proposer un service en totale adéquation.

 

Un système de santé repensé

 

En 2016, la ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine porte son projet dit de « modernisation du système de santé. »

 

Les décrets pris conformément à cette loi vont définir l’opticien-lunetier comme un professionnel de santé à part entière, avec l’appui d’une équipe dite pluridisciplinaire.

 

Plus tôt, en 2013, le décret de 1962 est abrogé et la réfraction était déjà rendue obligatoire, que ce soit pour un renouvellement ou une modification d’ordonnance. Il est désormais possible d’adapter l’ordonnance suite à un examen de la vue.

 

Face au numérique, un avenir encore incertain

 

L’émergence du digital et des nouvelles technologies numériques a également un impact fort sur le métier d’opticien.

 

Car si ce dernier s’est positionné comme un professionnel technique et commercial, il doit s’adapter à un mode de vie tourné vers le numérique.

 

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L’arrivée du smartphone a complètement bouleversé notre façon de nous comporter. Nos déplacements, nos façons de voyager, de travailler et même de nous nourrir ne sont plus les mêmes.

 

Nul doute qu’une marche arrière est difficilement envisageable. Nos yeux risquent d’être constamment mis à l’épreuve de dispositifs utilisant une technologie numérique. Face à cette inéluctable réalité, la profession d’opticien devra faire face à une demande capable d’évoluer. Mais aussi à la recherche constante d’innovations techniques et technologiques destinées à faire d’une bonne santé visuelle une réalité.

 

Forcément, à l’instar de l’arrivée du verre progressif, ces innovations, dont certaines sont déjà en route, changeront non seulement le métier d’opticien mais aussi tout le secteur optique.

 

C’est donc forcément avec un certain degré d’excitation que l’on peut regarder vers le futur. S’il existera toujours une inquiétude certaine face à l’incertitude, on se dit aussi que ce métier à toujours su grandir et évoluer face aux aléas de nos sociétés, comme le prouve son historique.

 

Sources : Essentiel de l’optique, A. Chautard