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MOF Lunetier : un concours d’excellence qui se réinvente

Temps de lecture : 5 minutes

Morez, Jura. Dans un atelier silencieux, un candidat plie, ajuste, lime une monture à la main, au dixième de millimètre près. Il a 8 heures pour transformer un bloc de matière brute en un objet parfait. Pas une seconde de plus. C’est l’épreuve en loge du concours MOF (Meilleur Ouvrier de France) — discipline lunetterie. Un concours qui, depuis sa création, n’a cessé d’évoluer pour rester au niveau d’une filière en pleine mutation. Impression 3D, matériaux végétaux, partenariats avec des écoles de design… L’école des MOF Lunetiers a bien changé depuis ses débuts !

Le titre de MOF Lunetier : ce que ça représente vraiment

Le titre de Meilleur Ouvrier de France n’est pas une médaille que l’on accroche au mur après une belle carrière. C’est une reconnaissance par les pairs, obtenue au terme d’un concours exigeant, évalué par un jury de professionnels. Pour la discipline lunetterie, il n’est accordé qu’aux candidats atteignant une note supérieure à 18/20 — ce qui signifie que certaines sessions peuvent couronner très peu de lauréats, voire aucun.

Le concours MOF Lunetier est né lors de l’édition 2008 du SILMO, le salon international de l’optique. Son succès immédiat a conduit à la création de l’Association des MOF Lunetiers, fondée par les 14 premiers lauréats. Sa mission : représenter la discipline en France et à l’international, promouvoir le concours, et accompagner les futurs candidats. C’est dans cette logique qu’est née, en 2011, l’École des MOF Lunetiers à Morez — capitale française de la lunette.

L’association MOF Lunetiers à Morez

La 27e édition : deux nouveaux lauréats sacrés à la Sorbonne

La 27e session du concours MOF Lunetier s’est conclue en juin 2023 par une cérémonie à la Sorbonne. Deux candidats ont décroché le titre tant convoité : Sébastien Chatelard, 35 ans, originaire de Guadeloupe, et Sébastien Garnier, 44 ans, basé à Monaco. Ils rejoignent ainsi une communauté de lauréats qui comptait jusqu’alors une cinquantaine de membres depuis la création du concours.

Le chemin pour y parvenir n’a rien d’anodin. Les qualifications avaient réuni une cinquantaine de candidats au lycée Fresnel, à Paris. Les admis à la phase finale ont ensuite rejoint Morez pour l’épreuve décisive : réaliser une monture en acétate et un clip en métal, entièrement à la main. Et désormais, cette épreuve en loge se joue sur 8 heures — contre 3 heures lors des premières éditions. Une montée en exigence qui reflète la complexité croissante des ouvrages demandés.

L’école des MOF Lunetiers : une structure qui s’est étoffée

De 6 à 8 formateurs

Depuis les premières années de l’école, l’équipe pédagogique s’est renforcée. L’école compte désormais 8 formateurs MOF, avec l’intégration des deux nouveaux lauréats 2023 dans l’équipe. Chaque formateur conserve sa spécialité — acétate, métal, matières naturelles, design, production industrielle — ce qui garantit une formation pointue sur chaque aspect du métier. Le ratio reste volontairement limité : un formateur pour trois stagiaires maximum, afin de préserver la qualité de l’accompagnement.

Un atelier qui embrasse toutes les technologies

L’atelier de prototypage, toujours basé à Morez, représente désormais l’ensemble des disciplines de la fabrication contemporaine : création à la main, à la machine, en DAO, CNC, laser et impression 3D, pour des montures en acétate, métal, bois et corne.  Un panorama complet qui couvre aussi bien les techniques artisanales les plus traditionnelles que les outils numériques les plus récents.

Les modules de formation : deux nouveautés majeures

Le catalogue de formations s’articule toujours autour de modules thématiques, accessibles aux opticiens, lunetiers, commerciaux et collaborateurs qui souhaitent monter en compétences sur une ou plusieurs étapes de la fabrication. Les tarifs oscillent selon les modules, et des stages sur mesure peuvent être organisés pour les groupements d’opticiens ou les entreprises de la filière.

C’est l’arrivée de deux modules entièrement dédiés à l’impression 3D qui a mis le plus à jour la formation sur ces dernières années :

  • Module 8-1 — Initiation à la réalisation d’un prototype en impression 3D
  • Module 8-2 — Perfectionnement à l’impression 3D

Ces deux modules viennent compléter les apprentissages déjà consacrés à la CAO (conception assistée par ordinateur) et aux machines à commande numérique. Avec cette nouvelle brique, l’école couvre désormais l’intégralité du processus de création d’une monture contemporaine — de l’esquisse sur papier à la pièce imprimée en 3D, en passant par le façonnage manuel.

Les autres modules historiques restent au programme :

  • Module 1 — Prises de mesures, dessin et façonnage d’une monture
  • Module 2 — Prototypes découpés à la toupie
  • Module 3 — Façonnage et assemblage d’une monture en métal
  • Module 4 — Perfectionnement Acétate/Métal
  • Module 5 — Montures en matières naturelles
  • Module 7 — Créer et perfectionner son atelier
  • Module 9 — Rhabillage de montures avec rigueur industrielle
  • Module 10 — Modification, adaptation et réparation en magasin
  • Module 11 — Décoration manuelle sur acétate (niveaux standard, approfondissement et expert)

Le CPF : une bonne nouvelle pour les candidats salariés

Autre évolution notable depuis notre dernier article sur le sujet : le financement de la préparation au concours. Le titre de MOF étant inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), les salariés peuvent désormais mobiliser leur Compte Personnel de Formation (CPF) pour financer le temps consacré à la préparation du concours. Une avancée concrète qui lève l’un des principaux freins à la participation — le coût potentiel de la formation pour les professionnels en activité.

MOF Lunetiers : l’école s’ouvre au design avec l’ENSAAMA

C’est sans doute l’une des évolutions les plus enthousiasmantes de ces dernières années. L’école des MOF Lunetiers a tissé un partenariat pédagogique avec l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (ENSAAMA), l’une des plus prestigieuses écoles de design appliqué en France.

Concrètement, des étudiants en design travaillent aux côtés des stagiaires MOF sur des projets thématiques présentés notamment au SILMO. En 2024, 93 étudiants de l’ENSAAMA ont collaboré avec l’école autour de la thématique des matériaux végétaux, et 30 autres ont planché sur le concept « Cradle to Cradle«  — soit concevoir une monture dont chaque composant peut être réintégré dans un cycle de production sans générer de déchet.

Ce type de collaboration illustre parfaitement l’évolution du rôle de l’école : elle n’est plus uniquement un lieu de transmission de savoir-faire technique, mais un espace de croisement entre artisanat d’excellence et création contemporaine.

Challenge avec l’ENSAAMA – 2025

Pourquoi viser le titre de MOF Lunetier dans les prochaines années ?

Dans un secteur où la lunette est de plus en plus perçue comme un objet de mode et un accessoire identitaire, la maîtrise artisanale de la fabrication sur mesure est une compétence rare — et une différenciation réelle. Qu’on soit opticien indépendant, lunetier façonnier ou créateur de sa propre marque, le titre de MOF Lunetier reste le signal le plus fort de l’excellence professionnelle dans ce domaine.

Mais au-delà de la récompense individuelle, intégrer la communauté des MOF Lunetiers, c’est rejoindre un réseau actif, engagé dans la valorisation du métier et dans la transmission des savoir-faire essentiels du métier !

 

 

 

 

Crédits photo à la une : Karolina Grabowska de Pixabay